La compagnie

Créé il y a quelque 30 ans par un groupe de passionnés, Le Théâtre Bleu (dit aussi Le T.B.) s’attache à développer un travail de qualité et de proximité sous la conduite de Pascal Guin, directeur artistique.

Les registres abordés dans les créations de la compagnie peuvent aussi bien aller du burlesque au poétique que du poétique au dramatique, et croisent de plus en plus les arts.

Ainsi actuellement au répertoire :

  • Novecento : pianiste, d’Alessandro Baricco, est un récit-jazz qui nous emmène sur un transatlantique et dans les secrets de la musique du monde.

  • Nuits blanches…d’un urgentiste, de Jean-Marc Le Gac, nous transporte au cœur des Urgences ou des interventions du SMUR.

  • Résonances, parcours dans des nouvelles de Laurent Gaudé nous embarque dans des lectures musicales à New York, au Mozambique, à Lisbonne, à Palerme, dans l’Artois ou en Afrique de l’Ouest.

  • Le colonel Barbaque et Le chant des 7 tours, de Laurent Gaudé, est un trio théâtre, musique et danse qui nous entraîne dans les soubresauts suivant la Grande Guerre, et dans le tragique de la traite des esclaves.

Les actions culturelles se traduisent sous de multiples formes : interventions ponctuelles, stages, lectures publiques, ateliers de recherche et de création, direction d’acteurs pour des courts-métrages, interprétations, mises en scène, créations de spectacles vivants, tournées, happenings, réalisation d’échanges culturels internationaux américains (Pittsburgh-Pennsylvanie U.S.A.) ou européens (Projet Grundtvig). Nous avons réalisé plus d’une centaine de projets avec des publics amateurs. Le T.B. s’est aussi investi ces dernières années dans un partenariat avec l’hôpital (B3S Lorient) et la prison (tournées nationales en 2018 et 2019)

Les mots du directeur artistique

Pascal Guin est membre fondateur de la compagnie et directeur artistique. A travers les années, les projets et les rencontres, il nous raconte ce qu’il appelle « ces instants de grâce ».

Quand vous vous trouvez à 17 ans, jouant Caligula, après la transe de la scène de folie au début de la pièce, dans le silence peuplé des siècles lors du monologue final. Vous sentez le public suspendu à l’intensité de cet instant, retenant son souffle, ou plutôt respirant à l’unisson avec vous. Et par-delà la lumière des projecteurs qui vous encercle sur le plateau, vous adressez la voix à la profondeur de l’espace sombre et vous tressaillez, comme si s’esquissait là le début de l’infini.

J’ai appris là l’incarnation d’un personnage.

Quand vous vous trouvez à 23 ans jouant Baudelaire, dans sa prose et dans ses vers, et que vous expérimentez la force du Verbe, sa « sorcellerie évocatoire ». Chaque poème est en soi une petite pièce de théâtre, avec son rythme, ses émotions propres à projeter, mais dans la dentelle, au cœur de l’intimité. Ne surtout pas surjouer. Faire confiance au texte, avant tout, à la langue de l’auteur si singulière.

J’ai appris là « l’art d’évoquer les minutes heureuses », les bonheurs et tourments de l’âme humaine.

Quand vous vous trouvez à 30 ans jouant le Capitaine Fracasse, dans une grande fresque sur le théâtre mêlant comédiens amateurs et professionnels, embarqué dans le chariot de Thespis sur les routes de France au 17ème siècle. Et le metteur en scène vous fait travailler sur les subtilités des émotions et leur pouvoir. De façon si ciselée que le personnage d’Isabelle devient par l’imagination intense et séduisant.

J’ai appris là qu’on peut tomber amoureux d’un personnage, et qu’au théâtre la vie rêvée peut être plus dense que la réelle.

Quand vous vous trouvez à mettre en scène un opéra pour enfants avec… 500 enfants ! Et que vous choisissez qu’il n’y aura pas de chœurs statiques, que tous seront en personnages vivants. Vous démultipliez aussi la distribution pour les rôles de solistes, une cinquantaine finalement. Pas un adulte sur scène. Vous passez des mois à construire le spectacle, comme un puzzle. Et lors d’une générale, vous expliquez aux enfants la différence entre kermesse et spectacle, en vous appuyant sur quelques instants de grâce vécus ensemble. Et ils joueront 5 fois, comme des grands, magnifiquement.

J’ai appris là qu’on pouvait faire confiance aux acteurs, tous les acteurs, professionnels ou amateurs, même les plus jeunes.

Quand vous vous trouvez, entre Bretagne et Pennsylvanie, à travailler avec celui qui deviendra votre « grand frère de théâtre », et qu’il vous apprend la richesse et la complexité du théâtre de mouvement. Au-delà des mots, des acteurs de deux continents jouent, se comprennent, partagent, vivent, se devinent selon les sourires, les gestes, les regards. Et donnent à leur tour aux publics des deux continents.

J’ai appris là le langage du corps, la « Körpersprache », indispensable, pour mieux incarner les personnages. Merci, Marco !

Quand vous jouez Novecento avec un prodige du piano, l’ami Christofer, et que vous avez mis tout votre cœur et toutes vos tripes à monter ce spectacle. Arrive l’avant-première, avec un public de professionnels et d’amis. Fin de la représentation. La dernière note est jouée. La lumière s’éteint. Et le silence se déploie. Pendant 33 secondes. 33 secondes ! Et puis les applaudissements en cascades.

Durant ce silence si dense, c’était encore le navire qui filait sur son erre, la magie du récit et de la musique qui perdurait, l’imaginaire qui musardait encore pour ne pas revenir à la réalité. C’était tout ce voyage immobile que nous avions vécu ensemble. Et très souvent, depuis, il y a un grand silence avant les applaudissements finaux. Un silence qui vibre comme du sacré.

Ce sont les instants de grâce. La source de ce métier. De cette passion.