La compagnie
Le Théâtre Bleu (dit aussi Le T.B.) s’attache à développer un travail de proximité, particulièrement dans les domaines de la formation, de la sensibilisation, de l’encadrement
et de la création artistique.
En répondant aux demandes qui lui étaient faites comme en initiant certains projets, Le Théâtre Bleu a multiplié les partenariats au long cours dans le pays de Lorient et de Quimperlé (Grand Théâtre, services culturels et enfance-jeunesse, écoles de musique, médiathèques, associations culturelles).
Les actions de la compagnie se traduisent sous de multiples formes : interventions ponctuelles, stages, lectures publiques, ateliers de recherche et de création, mises en scène, etc.
Pour tous ces projets menés en collaboration, le principe de créer des liens entre publics et
artistes, d’établir des passerelles entre pratiques artistiques amateures et professionnelles, a toujours prévalu. Parfois même il prend une dimension internationale, comme en témoignent les réalisations d’échanges culturels franco-américains avec Point Park College et la Duquesne University (Pittsburgh, Pennsylvanie, USA) ou le projet européen
Grundtvig « Jouer les langues ». Nous avons réalisé plus d’une centaine de projets avec des publics amateurs. Le T.B. s’est aussi investi ces dernières années dans un partenariat avec l’hôpital (B3S Lorient) et la prison (tournées nationales en 2018 et 2019).
Les registres abordés peuvent aussi bien aller du burlesque au poétique que du poétique au
dramatique.
Cela se traduit dans les projets en cours de la compagnie :
- Novecento : pianiste, d’A. Baricco, est un récit-jazz qui nous emmène sur un transatlantique et dans les secrets de la musique du monde.
- Résonances, parcours dans 7 nouvelles de Laurent Gaudé nous embarque pour un voyage dans 7 histoires, 7 lieux, 7 temps différents. Création 2012-2013, 2017-2018.
- Le colonel Barbaque et Le chant des 7 tours de Laurent Gaudé, trio théâtre, musique et danse, nous entraînent dans les soubresauts coloniaux de l’après Grande Guerre, et dans le tragiquede la traite des esclaves. Création 2018.
- Nuits blanches de J-M Le Gac, nous plonge au cœur des Urgences ou des interventions du SMUR, d’un point de vue sensible, drôle ou poignant. Création 2021.
- Apeirogon de Colum McCann, une lecture à deux voix, d’un texte terriblement ancré dans l’actualité et qui appelle à la paix entre les peuples. Création 2024.
Les mots du directeur artistique
Pascal Guin est membre fondateur de la compagnie et directeur artistique. A travers les années, les projets et les rencontres, il nous raconte ce qu’il appelle « ses instants de grâce ».
Quand vous vous trouvez à 17 ans, jouant Caligula, la transe de la scène de folie au début et, lors du monologue final, ce silence peuplé des siècles. Vous sentez le public suspendu à l’intensité de cet instant, retenant son souffle, ou plutôt respirant à l’unisson avec vous. Et par- delà la lumière des projecteurs qui vous encercle sur le plateau, vous adressez la voix à la profondeur de l’espace sombre et vous tressaillez, comme si s’esquissait là le début de l’infini.
Le Temps aboli. Une parcelle d’éternité.
J’ai appris là l’incarnation d’un personnage.
Quand plus tard, jouant Baudelaire, vous expérimentez la force du Verbe, sa « sorcellerie évocatoire ». Chaque poème est en soi une petite pièce de théâtre, avec son rythme, ses émotions à projeter, mais dans la dentelle, au cœur de l’intimité. Ne surtout pas surjouer. Faire
confiance au texte, avant tout, à la langue de l’auteur si singulière.
J’ai appris là « l’art d’évoquer les minutes heureuses ».
Quand vous vous trouvez à mettre en scène un opéra pour enfants avec… 500 enfants !
Et que vous choisissez qu’il n’y aura pas de chœurs statiques, que tous seront en personnages vivants. Pas un adulte sur scène. Vous passez des mois à construire le spectacle, comme un puzzle, en vous appuyant sur des éclats de grâce disséminés lors des répétitions. Et ils joueront 5 fois, comme des grands, magnifiquement.
J’ai appris là qu’on pouvait faire confiance aux acteurs, tous les acteurs, professionnels ou amateurs, même les plus jeunes.
Quand vous vous trouvez, entre Bretagne et Pennsylvanie, à travailler avec celui qui deviendra votre « grand frère de théâtre », et qu’il vous apprend la richesse et la complexité du théâtre de mouvement. Au-delà des mots, des acteurs de deux continents jouent, se comprennent, partagent, se devinent selon les sourires, les gestes, les regards. Et donnent à leur tour aux publics des deux continents.
J’ai appris là le langage du corps, la « Körpersprache ». Indispensable, pour mieux incarner les personnages.
Merci, Marco !
Quand vous jouez Novecento avec un prodige du piano, l’ami Christofer, et que vous avez mis tout votre cœur et toutes vos tripes à monter ce spectacle. Avant-première. Fin de la représentation. La dernière note est jouée. La lumière s’éteint. Et le silence se déploie. Pendant 33 secondes. 33 secondes ! Et puis le déchaînement d’applaudissements en cascades.
Durant ce silence si dense, c’était encore le navire qui filait sur son erre, la magie du récit et de la musique qui perdurait, l’imaginaire qui musardait encore pour ne pas revenir à la réalité.
C’était tout ce voyage immobile que nous avions vécu ensemble. Et très souvent, depuis, il y a un grand silence après la dernière note. Un silence qui vibre comme du sacré.